Qui était Thomas Alexander Harrison (1853-1930) ?

Peintre américain né à Philadelphie en 1853, expatrié en France à partir de 1879, Alexander Harrison fréquenta brièvement l’École des Beaux-Arts de Pennsylvanie avant d’accepter une mission d’arpenteur des côtes des États-Unis pour le compte du gouvernement, ce qui éveille son intérêt pour les paysages marins qui le rendront célèbre. Élève de Gérôme et de Bastien-Lepage à Paris, il fit de fréquents séjours en Bretagne à la fin du XIXe siècle. Quelques uns de ses tableaux sont exposés dans des musées français – dont « La Solitude » au musée d’Orsay.

Quel est son lien avec Proust ?

En septembre 1895, Proust et Reynaldo Hahn font la connaissance d’Alexander Harrison à Beg- Meil où il réside alors. Il leur fait découvrir Penmarch et la Pointe du Raz. Après avoir pris les traits de l’écrivain C. dans Jean Santeuil, Harrison sera le premier modèle du peintre Elstir, rien n’expliquant autrement l’apparition, entre parenthèses, de son nom dans une lettre d’août 1903 à Georges de Lauris et dans le Carnet de 1908, que suivra la remarque du peintre fictif à propos de son tableau « le port de Carquethuit » dans la Recherche : « Carquethuit, c’est tout autre chose, avec ses roches sur une plage basse. Je ne connais rien en France d’analogue, cela me rappelle plutôt certains aspects de la Floride. » Proust, Reynaldo Hahn et sa cousine Marie Nordlinger rendront visite à Alexander Harrison dans son atelier parisien rue Campagne Première en juillet 1897.

Pourquoi ce tableau ?

Intitulé « Beach Tides » (Marées de plage), ce paysage marin a été peint par Alexander Harrison en Bretagne au moment où Proust, qui rédigeait alors Jean Santeuil, s’y trouvait. Il est possible que l’écrivain l’ait vu tel quel dans l’atelier du peintre puisqu’ il est à vendre dans son cadre d’origine. Techniquement, c’est un parfait exemple du mouvement tonaliste, dont le frère d’Alexander, Lowell Birge, était le chef de file aux États-Unis, et auquel a appartenu un temps Whistler, son contemporain. Ce tableau correspond aux descriptions par Proust d’une des « manières » d’Elstir, lorsque le narrateur lui rend visite à Balbec dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Quelle est sa place dans le musée de la maison de tante Léonie ?

Impatient de voir publié, fin 1895, Les Plaisirs et les jours, illustré par Madeleine Lemaire — dont la Société des amis de Marcel Proust possède deux dessins — Proust se lance dans l’écriture du roman où apparaissent les noms d’Illiers et de Beg-Meil. Il fera glisser plus tard ses souvenirs de la Bretagne à la Normandie en inventant Balbec, l’autre « côté » de Combray. Avec l’acquisition de ce tableau, seraient représentées à Illiers les deux œuvres de Proust précédant et annonçant À la recherche du temps perdu, Combray et Balbec seraient réunis.

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